- Déposée le
- 6 juin 2020
- Ministre
- Barbara Trachte
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QUESTION ORALE DE M. HASAN KOYUNCU, DÉPUTÉ DU GROUPE SOCIALISTE
À MME. BARBARA TRACHTE, SECRÉTAIRE D’ÉTAT À LA RÉGION DE BRUXELLES-CAPITALE EN CHARGE DE LA TRANSITION ÉCONOMIQUE ET LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
CONCERNANT : « LA SITUATION DES ENTREPRISES D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE AIDÉES PAR LA RÉGION DE BRUXELLES-CAPITALE »
Madame la Secrétaire d’État,
On dit souvent que le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Cette sagesse a pourtant la vie dure dans notre société de consommation héritée du XXème siècle et habituée depuis des décennies à acheter à moindre prix, consommer, et jeter ce qui reste, en commençant par l’emballage superflu. À défaut de pouvoir revenir à une époque lointaine qui ne connaissait pas encore ce gaspillage scandaleux, on se bat pour améliorer le réemploi.
Le développement de l’économie circulaire est au cœur des préoccupations de ce gouvernement, comme en témoigne la DPR bruxelloise. Nous avons déjà eu l’occasion déjà d’aborder la question des ambitions que vous portez pour l’avenir, mais il est clair que nous ne partons pas d’une feuille blanche. Une politique et des aides existaient déjà, et Bruxelles possède un tissu d’entreprises actives dans l’économie circulaire.
On prend cependant conscience de ce que la crise du Covid à laquelle nous sommes confrontés est porteuse d’effets pervers en matière de production de déchets. L’armada de gants et masques chirurgicaux ont rejoint les cohortes de sacs en plastique et de canettes en aluminium jonchant les rues, et avec lesquelles la Région et les communes bataillent depuis des années. Il ne s’agit là que d’un petit exemple d’une réalité nouvelle, et à laquelle il faut apporter des réponses nouvelles. La formation de Madame la Secrétaire d’État – tout comme la mienne – s’accordent sur le fait qu’il y a un avant et un après-Covid, et qu’il ne faut surtout pas relancer l’ancien monde à l’identique. Aussi, tout en dessinant les plans du monde de demain, nous voudrions faire le bilan du précédent, et faire le tri entre ce qui est à garder et ce qu’il faut corriger ou abandonner.
Récemment j’ai été interpellé par l’histoire de « La Boucle Verte »1, une start-up de Toulouse qui s’était lancée dans le recyclage de canettes d’aluminium en 2016, pour arrêter ses activités en début 2020, soit après moins de quatre années de fonctionnement. Si l’on se fie à l’explication donnée par ses fondateurs en ligne, l’arrêt est dû – non aux impacts du confinement – mais à leur perte de sens et de confiance dans ce qu’ils faisaient. « Nous en sommes revenus à l’un de nos premiers constats qui étaient que la majorité des structures étaient prêtes à payer pour un service de collecte que si elles en étaient contraintes par un marché réglementaire. Après tant de tentatives, nous étions à bout de force, démotivés et à cours de trésorerie. Mais surtout, nous avions perdu foi en ce que nous faisions, nous ne nous retrouvions plus dans nos envies de départ. Même si nous sommes parvenus à collecter des centaines de milliers de canettes, nous étions principalement devenus des vendeurs de publicité. Et ces deux mondes sont tellement antinomiques, que nous avons perdu intérêt dans le projet. Et le pire (ou le mieux) dans tout ça, c’est que nous avons également perdu confiance dans le secteur tout entier du recyclage et dans cette idée de croissance « verte ». La Boucle Verte mourut ».
C’est un témoignage édifiant et saisissant, tant par sa sincérité que par la brutalité de ses conclusions. On peut tout d’abord en retirer qu’un acteur de terrain dit ouvertement ce que plusieurs d’entre nous pensent, à savoir qu’à quelques exceptions près, sans obligation légale ou incitant financier, il est vain d’attendre des entreprises qu’elles prennent des politiques volontaristes. Mais plus largement, qu’une jeune entreprise souhaitant se lancer dans une activité tout à fait souhaitable du point de vue des grands objectifs des pouvoirs publics n’y arrivera pas si le contexte général n’est pas propice à son développement. On le voit : certaines difficultés rencontrées relèveraient en Belgique de compétences fédérales. On pense à la question des normes de commercialisation des produits et emballages – preuve s’il en est que l’action doit être plus coordonnée entre les niveaux de pouvoir.
C’est une triste histoire, mais cela ne préjuge en rien de la situation des entreprises bruxelloises d’économie circulaire, ni n’impacte notre volonté de poursuivre et renforcer ce secteur d’avenir. J’en viens donc à mes questions Madame la Secrétaire d’État :
- Est-ce que vous pouvez nous dresser une vision d’ensemble du secteur des entreprises bruxelloise d’économie circulaire bénéficiant, au cours des dernières années, des aides régionales ?
- Combien sont-elles approximativement ? Quelle est leur taille moyenne en termes de nombre d’emplois créés ? Quelle est, en moyenne, la durée de leur activité en Région de Bruxelles-Capitale ?
- Quelle est leur santé financière, à tout le moins quelle était-elle avant la crise du Covid ? Comment cette crise a-t-elle affecté leur santé économique ?
- Quelle est la répartition géographique des activités de ces entreprises ? Y en a-t-il qui ont à la fois une activité en Flandre ou/et en Wallonie ?
- À côté des aides strictement financières, à quelles autres aides font-elles appel ? Compte-t-on des conseils en termes de management vert, de décarbonation ou de sobriété énergétique, ou des aides à la recherche & développement d’Innoviris par exemple ?
- En octobre dernier vous nous disiez que le cluster circlemade.brussels comptait une trentaine de membres, mais qu’il n’avait pas nécessairement vocation à représenter le secteur de l’économie circulaire dans sa totalité. A-t-on néanmoins tenté de convaincre les entreprises non-membres du cluster à le rejoindre ? Avec quels résultats ? Dans le cas contraire, savez-vous pourquoi elles n’étaient pas intéressées d’en être membres ?
- Dénombre-t-on des échecs parmi ces entreprises d’économie circulaire aidées par la Région, à l’instar de la start-up « La Boucle Verte » ? Le cas échéant, pour quelle raison ?
- Quels retours, demandes et recommandations vous reviennent pour améliorer le cadre règlementaire/légal qui les aiderait à se développer ? Comment cela alimente votre propre réflexion ?
- Autre enjeu central pour mon parti : la création d’emplois. S’il est souhaitable de développer le secteur bruxellois de l’économie circulaire, la crise que nous vivons appelle à davantage insister sur des politiques créatrices d’emplois. Comment ce paramètre est-il pris dans votre réflexion avec le Ministre Clerfayt ?
Je vous remercie pour vos réponses.
Député régional PS
Hasan KOYUNCU
Député bruxellois
